Biographie
Maurice Rocher naît en 1918 à Evron, petite ville de Mayenne proche du berceau de l'art naïf et de la patrie d'Alfred Jarry : Laval.
Il dessine dès l'âge de 12 ans, abandonnant ses études, et fréquente les académies d'art locales avant de venir parfaire son apprentissage à Paris auprès de Georges desvallières et de Maurice Denis, aux Ateliers d'Art Sacré.
S'il gagne sa vie en réalisant des vitraux dans les églises détruites de Normandie et dans les chantiers du Cardinal, on aurait tort de lui accoler l'étiquette de peintre religieux qui l'a longtemps gêné. "Il n'y a pas de bonne peinture religieuse, il y a de la peinture tout court" disait-il.
Car il perd la foi assez tôt à la suite de Vatican II (la destruction du rituel sacré lui paraît être une aberration) et après la mort de son fils aîné, noyé en 1968. La photographie du peintre polonais Popieluszko à la morgue achève de le déstabiliser et l'entraîne dans un nouveau thème, les Suppliciés" qui, à l'égal des cardinaux de F.Bacon, va l'inspirer toute sa vie.
Il va ensuite railler la bourgeoisie traditionnelle en peignant des Notables, des Décorés et des scènes mondaines tout ce qu'il y a de plus sensuelles.
Outre les toiles, il a une importante oeuvre sur papier (gouache et lavis) autour de ce thème.
Une suite d'églises, qui débute par de sombres façades de style jésuite s'achève par des églises anthropomorphes, églises-femmes, églises-fleurs, voire églises en carton-pâte ou en guimauve, aux couleurs fortes.
Il a d'ailleurs résolument adopté les couleurs et la matière des Nabis puis des Expressionistes... dès les années 70 où commence sa véritable oeuvre de peintre.
Sur la fin de sa vie, il confectionne des "visages-matière" qui sont des quasi-objets présentés dans une petite boite et protégés par une vitre.
Il cotoie les peintres Christoforou, Lindström, Angelo Pelayo et Edgar Gillet auprès du marchand d'art Michel Polac à la Galerie Ariel. Il est ensuite exposé par les Galeries Protée, Pierre-Marie Vitoux et O.Nouvellet.
Il est un représentant original de l'expressionnisme en france.
Son intêret pour les taureaux, les toreros et la corrida indique son regret de n'être pas plutôt né espagnol.
Son tempérament violent et solitaire lui interdit les compromissions et lui adjoint un certain nombre d'ennemis. On dit de lui qu'on ne peut pas le cotoyer.
A ce jour, s'il est unanimement reconnu par ses pairs pour son oeuvre cohérente et techniquement puissante (la peinture l'emporte sur le trait, bien qu'il ait été un dessinateur hors-pair), il lui manque la reconnaissance internationale et l'aval du grand public.
En 1995, l'aggravation de l'Alzeihmer de sa femme, qu'il n'avait jamais quittée, précipite sa mort qui survient brutalement le 12 juillet, laissant orphelin un groupe d'amis fidèles qui aimaient sa conversation originale et sa tendresse ombrageuse.