De la rue, on ne devine pas le petit escalier en colimacon menant au
sous-sol. Seules quelques tables pour deux, a l'europeenne se laissent
deviner et donnent au restaurant un cote bien commun. Le sous sol
contient de multiples "tatami-room", pieces closes par un panneau
coulissant. Elles sont meublees tres simplement, le sol en tatamis
supporte une table basse qui occupe presque tout l'espace et autour de
laquelle sont disposes des "dossiers", sortes de chaises sans pieds. Les
murs sont lambrisses de larges panneaux clairs, separes par des lamelles
de bois fonces.
Manteaux, cartables et parapluies, objects de la grisaille quotidienne,
sont negligeamment poses dans notre dos et, bien vite, la sobriete de la
piece fait place a un joli capharnaum. La table s'emplit de shushis,
sashimis, bouteilles de bieres et de sake, amenes regulierement par un
serveur a genoux. Tandis que les bouteilles de nigori sake se vident et
que les cendriers s'emplissent, les voix montent, les rires fusent, et
c'est tout le carcan si serre des conventions japonaises qui s'ouvre.
Ce soir la, j'avais avec moi les excellentes "chroniques japonaises" de
N.Bouvier et, aide par le sake, me mit a reciter, dans la langue, des
poemes de Basho :
Matsushima ya !
Matsushima ya !
Matsushima ya...
(C'est magnifique, trois fois). On rit beaucoup, enivres, et c'est avec
difficulte, que je m'en fus ensuite a l'assaut du dedale ferroviaire
japonais, guide par les indications en kanji que je ne comprends pas,
recherchant l'image d'une grosse fourche, premiere syllabe de ma
station. Il etait 23h, la veritable heure de pointe. Je pensais deja
connaitre l'effet des trains surbondes. Erreur. A chaque station, le
quai est plein, et il parait inimaginable que chacun y trouve son
compte. C'est sans compter sur leur entrainement. Coince dans la rame,
la tete au dessus du niveau (oui, je suis plutot "grand" ici), cela
rappelle etrangement les jeux, par fort vent, dans les rouleaux de
l'Atlantique. Tout d'abord un flux puissant me draine vers l'exterieur.
Je n'y resiste pas et, bien vite, me retrouve au dehors. Le temps
d'inspirer un bon coup, et le ressac prend le pas. La pression monte
graduellement et je me retrouve pousse jusqu'au trefond de la rame. Cela
ne s'arrete que lorsque le quai est vide. Tout cela sans un mot, une
protestation, un "Poussez pas !!!". Dans le calme qu'inspire la routine
du quotidien.
Ca degrise.Cette semaine fut tres particuliere ici avec la floraison tant attendue
des cerisiers. Ils sont magnifiques, omnipresents et couvrent d'une
chappe pareille a la neige un grand nombre de jardins, allees, rues. A
midi, chacun achete une "bento box" (pic-nic) et va manger sous les
cerisiers en fleurs. C'est parfait. A noter que les cerisiers ici sont
assez differents de ceux que l'on connait. En particulier, pas de
cerises au programme !A la maison, les enfants continuent leur apprentissage perpetuel :
Jacques est passionne par l'eau et, abandonne quelques minutes sans
surveillance, on le retrouve a coup sur soit debout dans les toilettes,
soit, apres une perilleuse escalade, les fesses dans l'evier, jouant
inlassablement a modifier le debit de l'eau. Octave, les yeux sombres
sur une tignasse toujours aussi claire continue d'apprendre
l'independance aupres de sa soeur. Cela amene souvent des crises de
frustration (les lacets, c'est vraiment dur !). Quant a Delphine, nous
avons enfin trouve une ecole Montessori qui convienne a ses gouts et a
nos contraintes budgetaires. Rentree des classes le 9 avril (c'est la
date normale ici).
Avec Stephanie, nous essayons progressivement de modifier l'amenagement
de l'appartement pour lui donner des tons plus japonais. Notre nouvelle
lubie : une tatami-room. Cette piece, si traditionnelle (tatamis au sol,
portes coulissantes,...), n'est malheureusement plus systematique dans
les nouveaux appartements, et il nous faut donc la reinventer. Nous nous
renseignons donc sur les tatamis et les gozas. Un tatami est tres epais,
10-15cm et constitue un veritable plancher. Le goza contient juste la
couche superieure du tatami, a l'epaisseur d'un tapis, et semble plus
adapte pour nous (plus simple a ramener !).
Aujourd'hui, nous avons enfin recu les derniers cartons, restes en
Californie. Cela devrait nous permettre, en particulier, d'agrementer la
suite des chroniques d'images locales. Stay tuned ! Egalement au
programe du prochain numero, une analyse detaillee des petits commerces
locaux. Le kilo de carrottes a 500f, mythe ou realite? Reponse sous
peu...
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